C’est accomodant de commencer une histoire par un début de matinée - une question de temporalité - La mienne est pluvieuse, si pluvieuse que je me suis mis à nager. D’une idée à l’eau j’en fais grand bruit car sa source est intarissable. Cette plage que je viens de créer ne manque plus que de quelques palmipèdes moqueurs pour fixer ma composition. Je m’entoure de tous ces petits culs flottants, appâts attirants de jeunes mâles. Les chasseurs postés faisant feu sur ces cols verts en attendant le rouge. Cette scène bucolique me remplit de bonheur. Face à mon ennui chronique, la guerre qui se présente est un divertissement plus que convenable. Moi j’adore faire la guerre. Le conflit c’est ma vie. J’aurais pu en faire un beau militaire de carrière, mais j’ai craqué et j’en prend la démesure avec deux bémoles à la clé. Le rire qui me monte aux lèvres a une provenance cent pour cent sincère, mais j’ai bien peur que l’origine n’en soit pas louable. Cependant, de là à prendre les pinceaux pour vous dépeindre mes idées, tout de même un peu de décence. Je détiens ma vérité mais je suis près à la libérer contre un peu de confiture de rhubarbe, cela fait trois heures que je suis en négociations avec les autorités compétentes. Ca y est je ne suis plus poli, mes tiques me reprennent. Ca me fait l’effet d’une bombe, un feu d’artifice magistral. Le rire me reprend et me creuse l’appétit. Heureusement l’annonciation du goûter est une trêve de bon augure. Pendant ce drapeau blanc, nous servant de nappe, je te balance des choses, tu m’en balances d’autres, on s’en balance. Finalement qui a commencé? Cela a t-il une importance? Tant que la guerre est là tout va. Ce qui importe c’est l’action et l’après où l’on se raconte en famille ce souvenir. Une bonne histoire drôle, un bon moment qu’on aimerait retrouver. Dans l’Histoire, on vit des moments que l’on ne veut pas revivre et qu’on ne cesse de revivre, dans l’histoire on passe des instants que l’on veut sans fin et qui cessent sans jamais réapparaître.