Les fondations sont un moment délicat. Dans ce geste, il faut que tout soit là, que tout soit pensé. Penser ne sera pas un problème. Pour le moment je vais faire le vide, me préparer un terrain neutre, une anarchie douce avant d’éteindre la lumière afin de complexifier la pensée. Je rêve de fondations volantes, des fondations tellement étendues que, quoi qu’il arrive par la suite, leur prémisse était là. J’essaye de m’élever. Pour le moment je creuse, le terrain est large. C’est dingue ce qu’il faut de matériel pour créer un espace vide. Le vide est tellement plein, le paradis est tellement blanc, peut-être la peur de ne pas sortir du décor. Ressort-on mieux sur du blanc ? Je repeins donc tout en blanc, pour faire plaisir. Je ne comprends pas tout mais je me tais, de plus en plus, et je regarde. Pour le moment, je mens quand je dis « ça va ». Ce mouvement de va-et-vient de peintre me berce, on dirait presque que je danse, je me mets à rire, toujours, j’aime ça surtout quand c’est pour rien. Ils ont accroché tous mes rêves de grandeur à des parpaings mais des rêves j’en ai plein, des idées j’en mouche tous les matins au réveil. De parpaings, j’en suis riche. Plus qu’à construire et espérer que ce plafond de verre ne me mette pas trop à l’étroit. Je prends mesure, ça commence petit. Après la guerre, et une défaite, le renouveau a toujours un goût de déjà vu.